... Je n'aime pas parler de moi-même... alors faire mon portrait!...
Je serai donc assez brève!
Française de souche paysanne, j'ai très tôt aimé la terre, la riche terre des labours, grasse, fertile, profonde, berceau de l'humanité, mère nourricière... Enfant, je me contentais de la regarder, de la caresser, de l'observer, de l'émietter, d'en faire de minuscules monticules.
Invitation aux rêves, ils devenaient des personnages qui peuplaient mon imaginaire de petite fille.
La glaise, la terre, la faïence, le grès... rouge, verte, noire, blanche... quelle qu'en soit sa dénomination ou sa couleur, elle reste pour moi une part importante de ma vie... des jours avec... des jours sans... une envie de dire ce que les mots ne peuvent traduire... travail intuitif en contact avec mon histoire et mon héritage culturel.
Faut-il oublier tout ce que l'on a appris pour envisager une création sans trahison?
Admettre de déplaire sans concession dans la seule perspective de respecter son unicité?
Peu m'importe... Là n'est pas mon propos...
Le grès... est mon argile de prédilection.
Il me permet une incessante recherche dans le contraste de la matière elle-même qui se déchire ou se craquelle... De cette terre de grès, noire, naissent des figures de mon enfance, devenues figures de gisants, d'hommes en prière, comme autant de cantiques pour apprivoiser le fracas d'une époque.
Je pars presque d'une esquisse, puis la pièce me guide pour trouver son juste équilible, souvent silencieuse, rassemblée sur elle-même. La terre, matière vivante, originelle se fragmente, se rassemble. Le corps à corps avec la glaise est violent pour arriver à dire l'intimité de la fracture.
L'humain apparait alors dans sa charge émotionnelle.
Catherine Garrigue