La gravure à la roue est un procédé simple, utilisé dès le premier siècle à Rome. Le principe : une petite meule abrasive au bout d'un axe fixe, animée d'un mouvement rotatif, incisant la surface du verre, comme un burin. Le graveur manipule la pièce sous la roue ; la maîtrise par contre est longue à acquérir.
Depuis que j'ai repris le métier en 1992, je n'ai eu de cesse d'explorer les possibles de cette technique, je n'ai rien inventé, mais patiemment, je découvre et met au point des associations entre la gravure et d'autres techniques verrières : l'émaillage, le fusionnement, le thermoformage, le polissage...
Comme beaucoup d'autres verriers, j'ai choisi d'être aussi artiste dans le sens ancien du terme, c'est-à-dire celui qui pratique un métier, une technique difficile. Et le fait de travailler jour après jour cette matière dure, rigoureuse, intransigeante permet de lui trouver continuellement des possibilités nouvelles et d'être en retour de plus en plus libre dans mon expression.
Mon propos est toujours introspectif, il s'agit de retranscrire des sentiments, des musiques intérieures, des tensions, des scansions, des ivresses. Mais je ne grave que la trace incisive d'un propos qui garde son secret. Puisse cette part de mystère être un espace offert à celui qui regarde pour qu'il y projette une part de lui-même. L'émotion artistique procède peut-être de celà?
Michel Delcey